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Gérer sa peur avant une compétition

Te débarrasser de ta peur serait la pire chose que je pourrais te faire. Elle n'est pas ton ennemie : c'est un message.

9 janvier 2026·13 min d'écoute

Esprit Vertical - Préparation Mentale Escalade

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On me fait cette demande tout le temps : « Antoine, j'aimerais ne plus avoir peur. Ça irait mieux si je n'avais pas peur du regard des autres, si je n'avais pas peur d'échouer. » Et t'enlever ta peur serait la pire chose que je pourrais te faire.

Parce que ta peur n'est pas ton ennemie. C'est un message. Voici les quatre questions que j'utilise en séance pour la retourner, et le cheminement complet d'un athlète qui les a traversées.

Arthur : tellement envie de bien faire qu'il ne fait plus rien

Arthur est un grimpeur très talentueux. Des qualités incroyables à l'entraînement. Et le jour de la compétition, à chaque fois, il n'arrive pas à exprimer son potentiel. Il ne montre pas sa grimpe.

Il veut tellement bien faire qu'en fait il ne fait plus rien. Il grimpe défensif. Il n'ose pas. Et il repart avec cette douleur de ne jamais montrer ce qu'il sait vraiment faire.

Il arrive en séance avec une peur précise : celle de ne pas être à la hauteur. La peur que tous ses efforts ne servent à rien et démontrent à quel point il n'est pas capable d'atteindre ses rêves. Peut-être que ça fait écho à ce que tu vis.

Question 1 : nomme précisément ta peur

Première étape, et elle est incontournable : il faut la nommer avec précision. « J'ai peur » ne se travaille pas. Alors qu'est-ce qui te fait le plus peur, exactement ?

  • Est-ce que tu as peur de ne pas réussir tes tests techniques ?
  • Est-ce que tu as peur de ne pas être retenu en équipe de France ?
  • Est-ce que tu as peur du regard des autres ?
  • Est-ce que tu as peur de ne pas être à la hauteur ?

Sans cette précision, les trois questions suivantes ne fonctionnent pas.

Question 2 : quels sont les avantages de cette peur ?

C'est complètement contre-intuitif, et tu vas me dire qu'il n'y a aucun avantage à avoir peur. Alors posons-nous, et reprenons le cas d'Arthur.

Après un peu de réflexion, il se rend compte que cette peur de ne pas être à la hauteur, c'est aussi :

  • ce qui le pousse tous les jours à l'entraînement, à s'entraîner toujours plus dur, à se dépasser chaque jour ;
  • ce qui le pousse à faire des choix de vie pour optimiser son entraînement : il vient de s'installer en colocation avec un ami sportif pour avoir un cadre de vie inspirant ;
  • ce qui l'amène à se questionner sur sa nutrition, sur comment donner à son corps ce dont il a besoin ;
  • ce qui l'a amené à faire cette séance de préparation mentale, où il vient regarder en face ce qui lui fait le plus peur.
Ta peur agit comme un moteur. C'est elle qui te pousse à sortir de ta zone de confort tous les jours.

On pourrait continuer longtemps. Et c'est exactement l'exercice : trouve-lui au moins 10 avantages. Pas trois. Dix. C'est en cherchant le neuvième et le dixième que le regard bascule.

Question 3 : quels seraient les avantages que ce que tu redoutes se produise ?

On monte d'un cran dans le paradoxe. Pour Arthur : quel serait l'avantage d'échouer au sélectif, ou au championnat de France ?

En creusant, il réalise ce qu'il aime vraiment : s'entraîner et progresser. Échouer maintenant, en fin de saison de bloc, lui permettrait de se repréparer directement pour l'année suivante, avec une année entière d'entraînement dédiée. Une année où il construirait pas à pas, avec du temps, les compétences qui le rendront plus fort.

Il y a autre chose. L'entraînement en approche de compétition est très contraignant : les formats deviennent de plus en plus typés compétition, on multiplie les simulations. Et ça s'éloigne de plus en plus de ce qui l'inspire, lui, dans sa grimpe.

Peut-être que toi aussi tu es passionné de falaise, et que pendant toute la saison d'entraînement tu dois faire un choix, ou tu n'as simplement pas le temps d'aller faire ce qui te plaît le plus. Échouer maintenant te libérerait ce temps, tout en te laissant t'entraîner plus fort pour la saison suivante.

Cette question t'amène à voir ton projet sur le long terme, plutôt que sur la seule échéance qui t'obsède.

Question 4 : quels seraient les inconvénients de réussir ?

Là, tu vas te dire que j'exagère. Qu'il n'y a aucun inconvénient à atteindre son objectif. Reprenons Arthur : quel serait l'inconvénient d'entrer en équipe de France maintenant ?

Il y réfléchit et il trouve. S'il rentre en équipe de France maintenant, il aura encore moins de temps pour s'entraîner, parce que les compétitions vont s'enchaîner. Donc encore moins de temps pour combler ses lacunes. Et les attentes sur lui seront encore plus fortes. Est-il prêt à gérer ça ?

Et tu connais des exemples. On connaît tous des grimpeurs qui ont performé très tôt chez les jeunes et qui, avec toutes ces attentes placées sur eux, n'ont jamais réussi à performer au plus haut niveau, voire se sont arrêtés après les catégories jeunes. Parce que la pression est devenue trop forte. Parce que leur statut est monté tellement vite qu'ils n'ont pas eu le temps d'apprendre à gérer ce jugement.

C'est exactement ce que raconte Naïlé Meignan : elle réussit très vite chez les jeunes, se retrouve confrontée aux seniors, a l'impression de perdre pied, et ça l'a menée jusqu'à un burn-out. Son témoignage est ici : le parcours mental de Naïlé Meignan.

L'idée n'est évidemment pas « il ne faut pas aller en équipe de France ». L'idée, celle qu'Arthur formule lui-même, c'est : aller en équipe de France c'est beau, mais il faut être armé pour y aller.

Et il prend conscience d'autre chose. Toutes les difficultés auxquelles il fait face en ce moment sont précisément en train de lui apprendre à gérer celles qu'il rencontrera plus tard, à beaucoup plus haut niveau. En faisant ce chemin maintenant plutôt qu'en réussissant tout de suite, il se construit une base solide pour performer durablement.

La force d'un athlète ne se mesure pas au fait qu'il n'ait jamais eu de difficulté. Elle se mesure aux difficultés qu'il a su relever. Un champion, ce n'est pas celui pour qui ça a toujours été facile : c'est celui qui a transformé ses difficultés en force.

Je vais même extrapoler : je ne suis pas sûr que Mejdi aurait fait la saison qu'il vient de faire s'il avait réussi à aller aux Jeux Olympiques. Je ne suis pas sûr qu'il aurait développé toutes les capacités qu'il a aujourd'hui, mentales et physiques, sans avoir vécu avant l'échec de cette non-qualification.

Ce qui se passe à la fin de la séance

Je demande à Arthur comment il se sent maintenant par rapport à cette peur. Et là, il se passe un truc :

« En fait, je suis content d'avoir cette peur. Je la vois vraiment maintenant comme un allié. À la prochaine compétition, je suis prêt à l'accueillir. »

Il a switché exactement là où je voulais l'amener. Sa peur est devenue un déclencheur. Un message qui vient lui rappeler que ce moment est important pour lui, que c'est là, maintenant, qu'il doit mettre en place ses process, être concentré et tout donner. Et c'est grâce à ce déclencheur qu'il va pouvoir être performant.

La preuve par l'inverse : grimper sans aucune pression

Une des jeunes que j'entraîne, appelons-la Lucie, me raconte ses derniers championnats régionaux : « Les qualifs, c'était horrible. J'avais zéro pression, du coup je ne prenais aucun plaisir dans les blocs, je n'arrivais pas à me battre. » Elle s'est qualifiée en finale tant bien que mal, mais elle a vécu ses pires qualifications de la saison.

C'est l'opposé d'Arthur, et pourtant c'est exactement la même chose. Quand on a cherché l'avantage d'avoir vécu ça, elle l'a trouvé : le jour où les échéances arriveront, le jour où la peur et le stress reviendront, elle les accueillera comme des alliés. Une alliée qui lui dira : allez, c'est maintenant, et là on va se battre pour de vrai.

À faire maintenant, sur papier : nomme ta peur avec précision. Trouve-lui 10 avantages. Trouve 5 avantages à ce que ce que tu redoutes se produise. Puis 5 inconvénients à obtenir ce que tu veux. Ne saute aucune étape et ne t'arrête pas au troisième item : c'est dans les derniers que ça bascule.

Transformer sa peur en alliée demande plus qu'un exercice lu une fois. Ça se construit sur la durée. La préparation mentale en escalade, c'est le travail de fond derrière ces épisodes.

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