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Apprendre à gérer ses essais en compétition de bloc

« Je ne dois pas lâcher d'essai. » Si tu te dis ça en compétition, c'est exactement ce qui te fait rater.

30 mars 2025·8 min d'écoute

Esprit Vertical - Préparation Mentale Escalade

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Je l'ai encore entendu cet après-midi, en coaching au Perchoir, une salle de bloc près de Grenoble : « Je ne dois pas lâcher d'essai, je dois être efficace. » Ça paraît la chose la plus logique du monde. Et c'est précisément cette injonction qui te fait rater tes compétitions.

Attention, je ne dis pas qu'il ne faut pas être efficace. Je dis que cette croyance-là, telle qu'elle est formulée dans ta tête, t'empêche paradoxalement de l'être. Voici pourquoi, et surtout par quoi la remplacer.

Ce qui se passe vraiment quand tu lâches un essai

Tu es en compétition. Tu lâches un essai dans un bloc que tu pensais réussir, ou dans un bloc qui « devait » te faire gagner des places au classement. Et là, la machine se lance.

Tu commences à te flageller. « J'aurais dû faire ça. Je suis trop nul. C'est fini, j'ai lâché un essai alors que je n'aurais pas dû. Les autres vont me passer devant. » Le cercle vicieux, tu le connais déjà par cœur.

Le problème de fond, c'est que tu te juges par rapport à quelque chose d'inatteignable. Personne ne gagne une compétition avec uniquement des tops en un essai. Si c'est ton cas, c'est que tu fais une départementale avec un niveau international. Même Janja Garnbret lâche des essais en Coupe du Monde.

Tu te juges sur un standard qui n'existe pas. Et te mesurer à un sommet inaccessible, ça ne peut produire qu'un sentiment d'impuissance.

Et ce sentiment d'impuissance fait exploser ton niveau de stress. Tu te mets une pression énorme pour l'essai suivant. Tu as l'impression de jouer ta vie chaque fois que tu attrapes les prises de départ. Ton ego te répète en boucle que tu n'en es pas capable.

Surtout, ton énergie n'est plus orientée vers la préparation de ton prochain essai. Elle est intégralement absorbée par les scénarios que tu fabriques : qu'est-ce qui se passera si je réussis ce move ? Qu'est-ce qu'on va penser de moi si je rate cette compétition ? C'est comme ça que chaque essai devient une succession d'échecs qui viennent nourrir la croyance que tu n'y arriveras pas.

Le jeu que tu as choisi de jouer

Pose-toi une question toute bête : pourquoi, en compétition de bloc, as-tu droit à cinq essais, ou à quatre ou cinq minutes avec autant d'essais que tu veux ?

Parce que c'est ça, le jeu. Comment fais-tu pour résoudre ce casse-tête dans le temps ou le nombre d'essais imparti ? Tant que tu te refuses d'échouer, tu ne joues pas le jeu à 100 %. Tu grimpes à 50 %. Tu grimpes pour ne pas tomber.

Et tu vas me dire : « OK Antoine, mais en difficulté on a un seul essai. » Justement. Rappelle-toi toutes les fois où tu as grimpé une voie de compétition en pensant seulement à ne pas tomber. Qu'est-ce que ça a donné ? À quel point ça t'a fait serrer chaque prise bien plus fort que nécessaire ? Combien de fois ça t'a empêché de mettre du rythme, ou t'a fait surprendre par l'intensité de la voie ? Et quand il y avait un jump, tu n'as juste pas osé, et tu es tombé là.

C'est un peu comme au foot. Je sais, ce n'est pas le sport le plus populaire chez les grimpeurs. Mais la seule façon de gagner, c'est de marquer. Si tu ne fais que défendre, tu ne marqueras jamais. Il y a bien un moment où il faudra contre-attaquer, prendre des risques, te déséquilibrer.

En escalade c'est pareil : si tu ne prends aucun risque quand tu grimpes, tu n'iras jamais en haut. Et pire : si tu fonctionnes comme ça à l'entraînement, ça t'empêche carrément de progresser.

Ma vraie définition d'un essai gâché

« Mais Antoine, ce qui fait la différence entre deux tops, c'est le nombre d'essais. » C'est vrai. Sauf que la meilleure façon d'être efficace, ce n'est pas de t'empêcher de prendre le risque de tomber. C'est d'accepter de jouer le jeu : oser, assumer tes choix jusqu'au bout quand tu es sur le mur, y aller à 100 % quitte à tomber.

Aucune équipe de foot ne concède zéro occasion. Aucun grimpeur ne concède zéro essai. Aucun grimpeur de difficulté ne fait une voie sans la moindre erreur. Il y a toujours de petites choses à corriger, et c'est ça qui fait la différence.

Un essai gâché, ce n'est pas celui où tu tombes. C'est celui où tu n'as mis aucune conviction, aucune intention, et qui ne t'apprend donc rien pour le suivant.

Un essai où tu n'as rien mis en place ne te donne aucune information sur ce que tu dois changer pour l'essai d'après. Tu n'en tires aucune expérience. D'essai en essai, tu ne sais pas ce que tu as à corriger. Ça, pour moi, c'est un essai gâché.

Les 3 questions à te poser en redescendant

Pour sortir de la spirale, il faut te juger sur quelque chose de rationnel plutôt que sur l'irrationalité de la perfection. Concrètement, à chaque fois que tu redescends d'un essai, tu te poses trois questions :

  • Qu'est-ce que j'ai voulu mettre en place dans cet essai, et qu'est-ce qui a bien marché ? C'est ce que tu gardes.
  • Qu'est-ce qui a moins bien marché ? À quel moment précis mes choix, mon intention ou mon intensité n'étaient plus les bons ?
  • Qu'est-ce que je fais de différent au prochain essai pour obtenir un résultat différent ?

Tu connais la phrase : c'est de la folie de refaire toujours la même chose en espérant un résultat différent. En compétition, c'est exactement ça.

La croyance par laquelle remplacer la tienne

Alors on troque « je dois être efficace, donc je ne dois pas lâcher d'essai » contre :

« Si je m'implique à 100 % en intensité et en intention dans chaque essai, soit je top, soit j'en retire le maximum d'informations pour construire mon essai d'après. »

Arrêter de gâcher ses essais, ça ne vient pas d'un déclic : ça vient d'un protocole qu'on installe. La préparation mentale en escalade, c'est le travail de fond derrière ces épisodes.

Mon bilan de préparation mentale offert

Ton job devient alors clair : analyser quelle expérience tu viens d'obtenir, et quelle stratégie tu mets en place au prochain essai. Et si à la fin tu n'as pas le top, tu repars avec deux choses. La satisfaction d'avoir tout mis en œuvre. Et une idée précise de ce qui te manque pour faire ce bloc ou cette voie.

Ça, c'est une information en or : tu retournes à l'entraînement en sachant exactement ce que tu dois bosser, sans perdre ton temps. C'est comme ça que chaque compétition te fait grandir et que tu reviens à chaque fois plus fort. Même celles que tu « rates ».

Et si tu veux aller plus loin sur la façon de structurer tout ça avant même d'arriver sur la compétition, c'est le sujet de l'épisode sur la plus grosse erreur que tu fais en te fixant un objectif.

Reste aligné.

Un nouvel épisode régulièrement. Pas de spam, pas de pommade, juste ce qui sert quand l'enjeu compte.