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Gérer une mauvaise séance à l'entraînement

Ton 100 % n'est pas le même chaque jour. Refuser de l'admettre, c'est démolir ta confiance séance après séance.

7 octobre 2025·12 min d'écoute

Esprit Vertical - Préparation Mentale Escalade

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Un mardi de janvier, j'arrive à la salle vidé. Fatigué physiquement, fatigué mentalement, fatigué émotionnellement. Trois jours plus tard, dans la même salle, je flashe au premier essai tous les blocs que je travaillais depuis des semaines. Entre les deux, je n'ai rien gagné en force. J'ai juste refusé de me juger sur la mauvaise chose.

Cet épisode part d'une séance ratée, la mienne. Et il attaque la croyance qui bousille le plus de confiance chez les grimpeurs que j'accompagne : celle qui veut qu'être exigeant, ce soit réussir sa meilleure séance à chaque fois.

La séance où je me sens à la rue

Je m'échauffe, tout va bien. Je cherche mes sensations, ça répond. Et plus j'avance dans la séance, plus je sens que je suis incapable de me donner à fond.

Les blocs d'échauffement habituels passent. Mais dès que je vais dans des blocs que j'ai déjà travaillés, ou un peu plus projet, je me sens à la rue. Complètement à la rue.

Concrètement, voilà ce que ça donne : je n'ai aucun repère dans l'espace, dès qu'il faut être dynamique je suis mou, et mes doigts tapent systématiquement à côté des petites prises. Je ne suis pas à mon niveau normal, et ça se voit à chaque mouvement.

À ce moment-là, j'aurais parfaitement pu basculer dans le discours habituel. « Je suis devenu nul. Comment ça se fait que je sois aussi mauvais ? »

Le bloc projet comme instrument de mesure

Ce que je fais à la place, c'est aller me tester. Je vais dans un bloc projet que je travaille en ce moment, et dès le premier move je me sens à des années-lumière. Incapable.

Et ce premier move raté, je ne le prends pas comme une gifle. Je le prends comme une information : voilà où est mon niveau d'énergie aujourd'hui.

C'est une nuance qui a l'air de rien et qui change tout. Le bloc projet ne sert pas à valider ma valeur, il sert de jauge. En trois mouvements, il me dit exactement avec quoi je vais devoir composer pendant les deux heures qui suivent.

Ce n'est pas que je suis incapable de le faire dans l'absolu. C'est que l'état de mon énergie aujourd'hui ne me le permet pas. La différence est fondamentale.

Je sens aussi, dans ma tête, que je ne suis pas prêt à forcer, pas prêt à me faire mal ce jour-là. Autant le savoir tout de suite plutôt qu'au bout de dix essais ratés.

C'est quoi ton 100 % du jour ?

Avec le temps, j'ai appris à prendre en compte où j'en suis en début de séance, et à ajuster mes attentes en conséquence. Attention, ajuster ne veut pas dire renoncer.

Ce n'est pas « je suis fatigué, donc je n'attends rien de cette séance ». C'est : mon 100 % du jour, il est où ? Et une fois que je l'ai situé, est-ce que j'arrive à le dépasser ? Et si je n'arrive pas à le dépasser, est-ce qu'au moins j'arrive à l'atteindre et à l'exploiter entièrement ?

C'est la seule question qui vaille à l'entraînement, et elle tient en une phrase :

As-tu été capable d'utiliser 100 % de tes moyens du jour ? Si la réponse est oui, tu as fait ton maximum. Ce maximum sera différent un autre jour, mais ce que tu as produit aujourd'hui, c'est ce dont tu étais capable aujourd'hui, et tu es allé le chercher.

Ton niveau d'énergie, lui, tu ne le choisis pas vraiment. Bien sûr tu as le choix de bien dormir, de bien t'entraîner, et toute la programmation est faite pour que tu sois en forme le jour J. Mais justement : elle est faite pour le jour J. Les entraînements d'avant, les compétitions intermédiaires, tu n'as pas le choix d'y arriver avec l'énergie que tu as ce jour-là.

Ce que tu détruis en te jugeant sur ta meilleure séance

Peut-être que ça te parle : vouloir performer à chaque entraînement, vouloir faire la meilleure séance de ta vie, et ressortir frustré parce que tel jour tu n'as pas réussi tel bloc.

Le problème, c'est ce que ça fabrique sur la durée. Si tu te juges à chaque séance sur « est-ce que j'ai fait la performance de ma vie », alors dès que tu n'es pas dans tes standards maximum, tu conclus que tu es devenu nul et que tu n'atteindras jamais ton objectif.

Autrement dit, tu détruis toi-même la confiance que tu as mis des mois à construire. Et tu la détruis avec un thermomètre cassé, puisque ce thermomètre ne mesure que ton énergie du jour.

Grimper avec ton ego, c'est ça : viser la cotation qui te fait rêver plutôt que le maximum de ce que tu as en stock aujourd'hui. C'est aussi le mécanisme que je décris dans l'épisode sur l'anti-style, où une athlète se croyait en train de régresser alors qu'elle n'avait rien perdu.

La confiance dans tes process

Ce que je suis allé chercher pendant cette séance ratée, ce n'est donc pas une performance. C'est la confiance dans mes process.

J'ai fait mon échauffement correctement. J'ai activé ce que je devais activer. Le corps ne répond pas, soit. Mais le protocole, lui, a été exécuté, et c'est lui que je peux reproduire demain, la semaine prochaine, et le jour de la compétition.

Parce que c'est bien là que se situe la différence entre les deux :

  • Ton niveau d'énergie est fluctuant. Il ne sera jamais deux fois le même. Le prendre comme critère de réussite, c'est jouer ta confiance aux dés à chaque séance.
  • Tes process, eux, sont reproductibles. Ce que tu mets en place pour t'activer, pour aller chercher les détails, pour monter en intensité : ça, tu le contrôles, séance après séance.

Imagine le début de ta prochaine compétition. Tu ne te demandes même plus si tu es en forme, ni si ça va suffire. Tu es tellement sûr de tes process, tellement sûr de la façon dont tu t'actives pour exploiter le maximum de tes capacités, qu'il ne te reste qu'une chose à faire : jouer, et profiter de ton sport.

C'est exactement la logique des objectifs de processus que je détaille dans l'épisode sur la façon de se fixer un objectif.

Comment j'ai fini cette séance

Je continue, et je fais ce que je peux. Je revois le niveau d'intensité dans lequel je peux grimper, bloc après bloc. On termine sur la Kilter avec un ami.

D'habitude, je travaille des blocs en 7C et 8A. Ce soir-là, même un 7B me demande une énergie énorme, et je galère sur chaque mouvement.

Et c'est précisément ce que je venais chercher. J'ai ce niveau d'énergie, alors comment je le maximise ? Qu'est-ce que je peux encore potentialiser ?

Tomber, rater le bloc, je m'en fous. Ce qui m'intéresse, c'est : est-ce que j'arrive à m'activer ? Est-ce que j'arrive à aller chercher des détails ? Et si je n'y arrive pas, tant pis. Au moins j'aurai donné à fond ce que j'avais à donner ce jour-là.

Trois jours plus tard, la meilleure séance de l'année

En fin de semaine, je retourne grimper dans la même salle. Et là, l'énergie est haute. Dans ma tête c'est activé, les connexions se font, je survole la séance. Tous les blocs durs que je travaillais, je les flashe au premier essai.

J'aurais pu me dire que ça y est, je suis devenu un super-héros. Sauf que je me dis exactement la même chose que le mardi : mon niveau d'énergie est très élevé aujourd'hui, alors qu'est-ce que je mets en place pour m'activer, pour aller chercher ce bloc, pour être ultra précis à chaque essai ?

Le travail que tu as fait le mardi, quand tu étais fatigué, il paie le vendredi. Parce que dans une situation plus favorable, tes process t'emmènent encore plus haut.

C'est le principe de fond : quand tu travailles tes process dans des conditions dures, ils deviennent faciles sur le terrain. Entraîne-toi toujours plus dur que le jour J.

Si tu attends le jour de la compétition, quand ça va mal et que c'est plus technique, pour découvrir comment tu gères ça, c'est là que ça devient très challengeant. À l'inverse, si tu vas chercher ces situations tous les jours à l'entraînement, tu acceptes de nager avec le courant au lieu de nager contre.

Bienveillance et exigence ne s'opposent pas

C'est le premier point que je voulais te transmettre, et il va à l'inverse du « no pain, no gain » qu'on te répète.

  • Être exigeant, c'est utiliser 100 % de tes capacités du jour.
  • Être exigeant, ce n'est pas aller dans la cotation qui te fait rêver. Ça, c'est ton ego qui parle.
  • Être bienveillant, c'est être lucide sur ce dont tu es capable aujourd'hui, sur ton niveau d'énergie réel.
  • Et c'est ensuite mettre toute ton exigence dans tes process, pour aller chercher ce 100 % du jour.

Un entraînement pertinent, c'est ça. Et c'est aussi un entraînement qui fait grandir ta confiance au lieu de l'éroder.

La confiance se construit, elle ne se décrète pas

Deuxième point, et c'est celui que je répète le plus en séance : on n'est pas confiant, on le devient.

On le devient parce qu'on accumule des réussites. Et ces réussites se construisent chaque jour à l'entraînement, sur ce qui est maîtrisable uniquement par toi.

Ce qui est maîtrisable uniquement par toi, ce sont tes processus de performance. Qu'est-ce que tu mets en place pour utiliser le maximum de tes capacités et de l'énergie dont tu disposes, là, maintenant ?

Grâce à ça, tu n'as plus l'impression de jouer à un jeu de hasard à chaque séance. Tu gagnes une certitude : celle d'être capable d'aller chercher ton maximum, quel que soit l'état dans lequel tu arrives. Et cette certitude-là, elle te suit jusque sur les tapis de compétition.

Savoir situer son 100 % du jour et bâtir des process reproductibles, c'est le socle de tout le reste. La préparation mentale en escalade, c'est le travail de fond derrière ces épisodes.

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Un nouvel épisode régulièrement. Pas de spam, pas de pommade, juste ce qui sert quand l'enjeu compte.