Développer sa confiance en soi dans son anti-style
Elle était persuadée d'avoir régressé. Elle n'avait rien perdu : elle ne savait juste pas ce qui la rendait performante.
Écouter l'épisode
Une athlète que j'accompagne est arrivée en séance avec cette phrase : « J'en ai marre de la Kilter. À chaque fois que j'y vais, j'ai l'impression de régresser. » Elle était persuadée d'avoir perdu du niveau. Elle n'en avait pas perdu une miette. Mais ce qu'elle vivait à chaque séance était en train de démolir sa confiance en elle, bloc après bloc.
Si tu as déjà eu ce sentiment de reculer dans ton anti-style (le dévers, la dalle, le dynamique, la corde, peu importe), cet épisode est pour toi. Parce que le problème n'est presque jamais celui que tu crois.
Le vrai diagnostic : elle n'avait pas régressé
Quand je commence à l'interroger, les faits sortent. Elle retourne dans des blocs qu'elle a déjà réussis. Le premier essai, à l'époque, elle y était allée à l'instinct : ça avait passé direct. Et plusieurs séances plus tard, impossible de retrouver ce niveau de performance. Échec après échec. Et à chaque fois, la même conclusion dans sa tête : « je suis de plus en plus nulle ».
Sauf que ce n'est pas une perte de niveau. C'est qu'elle n'a jamais mis de conscience sur ce qui la rend performante. Elle ne sait pas ce qu'elle a fait, ce jour-là, au premier essai, pour réussir ce bloc.
Prends la Kilter, justement. C'est un outil qui joue énormément sur l'intention et l'intensité : des mouvements éloignés, des arrivées sur de petites arquées qu'il faut serrer immédiatement. C'est très exigeant en force de contact, et c'est précisément pour ça qu'on l'utilise autant à l'entraînement. Mais ça demande d'arriver avec la bonne intention et la bonne intensité. Si tu arrives fatigué en fin de séance, ou mou juste après manger, tu te fais rouler dessus. Et les jours où tu arrives avec la bonne énergie, tu as l'impression de voler dedans.
Tant que tu ne sais pas ce qui te rend performant, chaque séance devient une loterie. Et une loterie, ça ne construit aucune confiance.
Pourquoi ça bousille ta confiance en toi
Le mécanisme est simple et redoutable. Tu ressors de la séance en te disant « je suis de plus en plus nul ». Tu perds de l'estime de toi, tu perds confiance dans tes capacités. Et cette perte d'estime a une conséquence directe sur ta façon de grimper.
Pour comprendre, il faut poser trois zones.
- Ta zone de confort. Ce que tu sais déjà faire, ce que tu maîtrises.
- Ta zone proximale de progression. Juste à côté. Un pied encore dans le confort, un pied dehors. C'est là que tu progresses.
- Ta zone de peur. Trop loin. Rien ne s'y construit, tu ne fais que subir.
S'entraîner, c'est savoir sortir de sa zone de confort tout en y gardant un pied. Et le problème de cette athlète, c'est qu'elle avait si peu d'estime d'elle qu'elle restait en permanence dans sa zone de confort, voire en dessous. Ce qu'elle se pensait capable de faire était plus petit que ce que son corps savait réellement faire.
Résultat : dans les blocs dynamiques ou physiques, elle y allait avec l'intention de ne pas tomber, au lieu de l'intention de jouer, d'être offensive, d'aller vers l'avant.
Et là, pose-toi honnêtement la question : à quel moment, toi, quand tu grimpes, es-tu en mode « je ne dois pas tomber » ? À quel moment serres-tu une prise plus fort que nécessaire juste pour ne pas lâcher, au lieu de te demander ce que tu dois mettre en place pour avancer ?
L'exercice : deux essais en fin d'échauffement
Voici l'exercice que je lui ai donné, et que tu peux mettre en place dès ta prochaine séance. Il est simple, il est gratuit, et il change la façon dont tu te lis.
- Choisis un bloc que tu sais déjà faire, mais qui t'a demandé plusieurs essais à l'époque et qui exige une vraie intensité physique et intentionnelle.
- Place-le en fin d'échauffement, et fixe-toi deux essais. Pas plus.
- Ne t'évalue pas sur « est-ce que je l'ai fait aujourd'hui ». Ta forme du jour n'est pas celle d'hier, ton énergie dépend de l'heure à laquelle tu t'entraînes.
- Évalue-toi sur : comment tu fais pour monter en intensité et en intention afin de produire le meilleur essai possible aujourd'hui.
- Répète-le sur deux ou trois blocs choisis, régulièrement.
C'est challengeant, et c'est exactement le point. Parce qu'on te propose constamment des blocs différents, des voies différentes, des styles différents. Ce qui ne change jamais dans l'équation, c'est toi. Comment tu fais, toi, pour être performant dans ce bloc-là.
Plus tu répètes cet exercice, plus tu mets de la conscience sur ce qui te rend performant. Et petit à petit, ça se range dans ton sac à dos de confiance : « je sais que si je mets telle et telle étape en place, je serai capable d'être à mon maximum ».
Arrête de t'évaluer sur « est-ce que j'ai réussi le bloc ». Évalue-toi sur ce que tu as mis dedans.
Tu te juges au sommet de la montagne, pas sur ton prochain pas
C'est l'erreur que j'observe chez énormément de grimpeurs. Tu te juges sur « est-ce que je suis fort en dalle », « est-ce que j'ai fait tel résultat ». Autrement dit : tu te juges sur le fait d'être déjà arrivé au sommet.
Sauf qu'en faisant ça, tu ne te permets pas de progresser. Parce que ce qui te rend fort en dalle, fort en bloc physique, fort en corde, c'est d'oser aller dedans et d'oser vraiment y jouer.
Le piège, c'est que tu te fixes un objectif qui est dans ta zone de peur (« être déjà fort en dalle »), alors que l'objectif utile est dans ta zone proximale de progression : « quelle intention je dois mettre, là, maintenant, pour qu'il se passe vraiment quelque chose ».
Alors quand tu vas dans ton anti-style, ne t'évalue pas sur le top. Évalue-toi sur : est-ce que j'ai réussi à mettre en place quelque chose qui me fait avancer dedans ? Est-ce que j'étais à 100 % de mon intensité ? Est-ce que j'ai réussi à dominer les mouvements, à m'imposer dans le bloc ?
Et là, quel que soit le résultat de l'essai, tu obtiens un retour exploitable : est-ce que mon intention était suffisante ? Mon intensité ? Mon choix tactique ? Ça te donne de vrais éléments à corriger entre deux essais, ce qui est aussi tout l'enjeu de la façon dont tu gères tes essais en compétition.
Ce que tu peux faire dès demain : deux essais, en fin d'échauffement, dans un bloc que tu maîtrises. Ne note pas si tu l'as fait. Note ce que tu as mis dedans pour le faire. Répète chaque semaine. C'est comme ça que tu reprends le pouvoir dans ton anti-style. Et cette confiance-là dépassera largement ton anti-style.
Reprendre confiance dans son anti-style, ça se travaille avec méthode, pas en attendant que ça passe. La préparation mentale en escalade, c'est le travail de fond derrière ces épisodes.
Mon bilan de préparation mentale offert