Comment se fixer un objectif de résultat
Ton objectif de résultat ne dépend pas que de toi. Et c'est une bonne nouvelle.
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Tu te fixes un objectif de résultat, et tu ressors frustré. Alors tu décides de ne plus en avoir et de « juste prendre du plaisir ». Ça marche… jusqu'au moment où l'enjeu remonte, où le bloc devient si important que tu en oublies de te donner à fond. Tu connais ce cycle par cœur.
Le problème n'est pas d'avoir un objectif. Le problème, c'est de n'avoir que celui-là. Voici pourquoi un objectif de résultat te rend impuissant, et la structure en trois étages que j'utilise avec tous mes athlètes pour le remplacer.
Ton objectif de résultat ne dépend pas que de toi
Pose-toi la question simplement : quand tu te fixes un objectif de résultat, est-ce qu'il dépend uniquement de toi ?
Non. Et c'est là toute l'incohérence. Tu fixes des attentes envers toi-même sur des choses qui sont dans les mains des autres. Alors c'est normal qu'à la fin d'une compétition tu te sentes impuissant et énervé : tu n'avais pas la main dessus.
Voici les quatre choses qui déterminent ton résultat et sur lesquelles tu n'as aucun pouvoir.
1. La performance des autres (et le piège de l'ego)
Un athlète que j'accompagne me dit un jour : « Moi j'ai besoin de ça. Quand je réussis un bloc et que les autres ne le font pas, ça me booste de ouf. » Je lui demande alors ce qui se passe quand c'est l'inverse : les autres réussissent, pas lui. Réponse : « Là je me sens trop mal, je me dis que je n'y arriverai jamais. »
Ce sont les deux faces de la même pièce. Ce qui joue en lui, c'est son ego. Et vouloir gérer une compétition à l'ego, c'est ingérable.
Gérer ta compétition avec l'ego, c'est comme vouloir faire décoller une montgolfière avec de la poudre à canon. Tu ne pourras jamais doser. Ton ballon va exploser, et toi tu vas t'écraser.
2. Les blocs et les voies que les ouvreurs ont décidés
Tu n'as pas le choix des styles, de l'intensité, ni des pas proposés. Et si tu juges le bloc avant d'y aller, les deux scénarios sont perdants.
Tu estimes qu'un bloc est trop dur pour toi ? Tu te dis « je ne peux pas y arriver », et avant même de partir tu as déjà décidé que tu avais perdu. Tu te mets en situation d'échec, et tu t'empêches d'utiliser tes capacités.
Tu estimes qu'un bloc est facile pour toi ? Tu n'y mets pas l'intensité, l'énergie ni la concentration nécessaires. Tu zippes, tu tombes, tu fais une erreur technique. Et là tu remets en question ta capacité à faire même un bloc facile. Tu as l'impression de ne plus savoir grimper.
Le piège, c'est que tu évalues qui tu es en fonction du top, et que tu deviens incapable de voir la vraie question : est-ce que je n'ai pas sur-estimé ou sous-estimé ce bloc ? Est-ce que j'ai mis la bonne intention, la bonne intensité, là où il fallait ? Ça te met des œillères qui t'empêchent de voir où est réellement ton pouvoir.
Les ouvreurs t'ont prévu un cadre de jeu. La seule vraie question, c'est : comment tu joues avec ça.
3. L'arbitrage
Je me rappelle très bien une Coupe de France l'année dernière. Une des athlètes que je coache tombe tout en haut d'un bloc (une dalle, tout en précision). À la toute fin, au moment où elle ramène, son pied commence à s'ouvrir et elle prend doucement une porte. La juge lui refuse le bloc.
Elle est en colère, elle est frustrée. Elle n'a pas le choix de vivre cette émotion, alors on commence par mettre des mots dessus. Ensuite, je vais demander à la juge ce qu'elle a vu. Pas pour justifier, pas pour critiquer. Juste pour que mon athlète entende la décision telle qu'elle a été prise.
Ce que ça permet : acter qu'on n'a plus le choix là-dessus, et se reporter sur ce qu'on a en main. À savoir remettre un run de qualité, et surtout construire la confiance : si elle était capable d'y aller une fois, ce n'est pas un coup de chance. Elle a mis des choses en place pour y arriver. C'est là-dessus qu'on s'appuie.
Elle retourne dans le bloc. Elle le tope. Là où on aurait pu la perdre pour toute la compétition, en deux minutes elle s'est reconcentrée, remobilisée, et elle est repartie avec le couteau entre les dents.
Quand tu mets ton énergie là où tu ne peux pas agir, tu perds toute ta capacité à réfléchir à ce que tu vas faire pour que la prochaine fois il n'y ait plus d'ambiguïté.
Et voici ce que fait l'entraîneur du Paris Saint-Germain à l'entraînement : il siffle volontairement des fautes qui n'existent pas. Pourquoi ? Pour habituer ses joueurs à se concentrer sur ce qui dépend d'eux, uniquement leur jeu. Quoi qu'il se passe, carton ou pas, faute sifflée en leur faveur ou non, ils continuent à jouer leur jeu. À voler direct pour ton prochain entraînement.
4. Les horaires et l'ordre de passage
Le matin ou le soir, ce que ça implique sur ta nutrition, l'ordre dans lequel tu passes… Tu ne choisis rien de tout ça.
Et en fait, c'est ça, le sel de la compétition. On vient te chercher sur ta capacité à t'adapter à cet environnement-là.
Reprends l'analogie de la montgolfière : pourquoi ne volent-elles pas tout le temps ? Pourquoi seulement les matins, les soirs, à certaines périodes de l'année ? Parce que l'environnement conditionne leur capacité à s'élever. Et leur job, c'est justement de repérer les bonnes conditions et d'agir sur ce qui dépend uniquement d'elles.
La structure en 3 étages
Donc ton job, c'est d'agir sur ce qui dépend uniquement de toi. Concrètement, quand tu te fixes une attente de résultat, tu descends ensuite de deux étages pour définir comment tu t'y prends.
- Tes objectifs de résultat. Tout en haut. Le classement, la qualification, le podium. Tu peux les garder, mais tu ne peux pas te juger dessus, puisqu'ils ne dépendent pas que de toi.
- Tes objectifs de moyens, ce qu'on appelle aussi objectifs de performance. Au milieu. Comment tu fais, toi, pour être performant. Comment tu fais pour prendre du plaisir, parce que quand tu prends du plaisir, tu es souvent bien plus performant, et tu peux atteindre l'état de flow.
- Tes objectifs de processus. Tout en bas. Les indicateurs concrets, ceux que tu contrôles à 100 % : ton intention sur le mur, ton intensité, ta routine avant l'essai, ce que tu regardes dans la lecture du bloc.
Une compétition ne se résume alors plus à « je suis en bas de la montagne et je veux aller là-haut », ou pire « je ne dois pas tomber là ». La question devient : c'est quoi le pas que je dois faire, maintenant, pour me rapprocher de mon objectif ?
C'est le même déplacement de regard que celui que je décris dans l'épisode sur l'anti-style : arrêter de se juger au sommet, et travailler sur le prochain pas.
Pourquoi ça t'apporte de la confiance face à l'adversité
En identifiant tous les processus qui te rendent performant, tu gagnes une clarté énorme : tu sais ce que tu mets en place, ce qui fonctionne, ce qui ne fonctionne pas.
Reprends le PSG. Cette équipe a longtemps été une somme de stars, mais pas une vraie équipe. Aujourd'hui, avec leur nouvel entraîneur, c'est devenu une équipe qui sait à chaque instant comment faire circuler la balle et où se placer pour déstabiliser l'adversaire. C'est leur style de jeu. Toi, c'est ton style de grimpe.
Et ça leur apporte tellement de confiance que même dans les matchs où ils sont menés au score, ils jouent toujours le même jeu. Quoi qu'il se passe, ils restent dans leur process : comment ils font pour faire mal à l'adversaire. Toi, c'est : comment tu fais pour dominer les mouvements qui te sont proposés.
Quand tu organises ta compétition à partir de tes processus et non de ton résultat attendu, tu arrêtes de vivre chaque compétition comme une victoire ou un échec. Tu la vis comme une expérience qui te fait grandir : tu apprends ce qui a marché et ce que tu dois faire évoluer pour t'exprimer à ton maximum la prochaine fois. Y compris celles que tu « rates ».
Structurer ses objectifs en trois étages, c'est la première séance qu'on fait ensemble. La préparation mentale en escalade, c'est le travail de fond derrière ces épisodes.
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